BIG DATA : comment vos données privées sont collectées et utilisées ?

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Temps de lecture estimé : 20 minutes

Avant de rentrer dans le détail de ce dossier, il est bon de définir ce qu’est le « big data ».
Depuis l’utilisation massive d’Internet, nous avons élaboré des outils pour collecter une quantité stratosphérique de données et aujourd’hui, nous cherchons à comprendre comment s’en servir.
Jusqu’en 2003, seulement 5 exabytes de données furent générés (soit 5 milliards de gigabytes). Pour avoir une idée encore plus précise : un disque dur d’ordinateur standard fait aujourd’hui 500 gygabytes.
Mais entre 2003 et 2012, cette valeur monte autour des 2.7 zettabytes, soit 2 700 exabytes ou encore 2.7 milliers de milliards de gigabytes. En 2013, nous produisions 4.3 exabytes de données tous les deux jours.

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Le terme « big data » représente une quantité massive de données numériques, en rapide expansion, diverses, souvent mal structurées et qui sont difficiles à manipuler avec des bases de données traditionnelles.
Pour répondre au challenge du big data, des emplois dédiés et des outils informatiques ont été développés, on a vu apparaître des centres de données (fermes de serveurs) gigantesques :

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Nous générons beaucoup de données avec les achats en ligne, les documents numérisés, les photos, les vidéos, les fichiers audio, les tweets et autres posts sur des réseaux sociaux, les emails, les messages texte, les enregistrements téléphoniques, les recherches sur les moteurs de recherche, les scans de code-barres, les transactions financières, etc. On produit de la donnée à chaque fois qu’on fait quelque chose en ligne. Nous avons ainsi construit une mine d’or pour un certain nombre de sociétés.

Le big data doit être collecté, manipulé, fusionné et interprété pour que n’importe qui puisse en faire n’importe quoi.
L’idée du big data peut rendre mal à l’aise. Ça ressemble un peu à Big Brother. Il y a aussi toutes ces publicités de compagnies qui semblent savoir ce que nous faisons et les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, la loi sur le renseignement en France, etc.
Pas mal de sociétés en connaissent un rayon sur vous et on va voir tout cela ensemble.

La surveillance est le business model d’Internet

GOOGLE

Google est un très bon exemple parmi les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), mais aussi parmi toutes les sociétés qui collectent nos données, de par son quasi-monopole dans certains domaines et les déboires qu’il a rencontrés. C’est aussi la société qui gère le premier système d’exploitation au monde : Android.

Google étant pointé du doigt par rapport aux quantités de données gigantesques qu’il collecte auprès de ses utilisateurs, il a mis en place un site d’informations.
Tout d’abord, Google affirme qu’il stocke les données de manière sécurisée et privée et qu’il ne les revend pas. Il offre la possibilité aux utilisateurs de sélectionner quels types de données il a le droit de collecter.
Les données collectées lui permettent de fournir des services comme le moteur de recherche, Gmail et Maps. Elles servent aussi à cibler la publicité et à proposer des services gratuits à tout le monde (si un produit est gratuit, c’est vous le produit).

► Quels types de données sont collectées ?
La liste est longue… Elle comprend les choses que vous faîtes, qui font qui vous êtes, que vous créez :
• les sites web et vidéos consultés
• les publicités sur lesquelles on clique
• notre position géographique
• les informations de notre appareil
• notre adresse IP et les données provenant de cookies
• notre nom, e-mail et mot de passe
• notre date de naissance, sexe, numéro de téléphone, et pays
• les adresses e-mail avec lesquelles nous sommes en contact (e-mails reçus et envoyés via Gmail)
• nos contacts
• nos événements de calendrier
• les photos et vidéos que l’on charge dans le cloud (parfois automatiquement)
• les documents, feuilles de calcul, présentations envoyées sur Google Drive
• etc.
Une liste plus complète (mais en anglais) est disponible ici.

► Le volume des données collectées
Google ne donne aucun chiffre sur la quantité de données qu’il possède. J’ai seulement lu que Google disposait de 900 000 serveurs en 2011.
En 2016, une estimation a été faite par le site whatif. Google détiendrait entre 10 et 15 exabytes de données.
Si on prend l’hypothèse d’un ordinateur personnel contenant 500 Gb, ça veut dire qu’un exabyte équivaut à 2 millions d’ordinateurs personnels et donc, que les 15 exabytes de Google correspondent à 30 millions d’ordinateurs personnels.

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► Que fait Google de toutes ces données ?

3 grands thèmes ressortent pour justifier l’utilisation de nos données :
1. Rendre leurs services plus utiles, plus rapides et intelligents.
2. Améliorer la sécurité : le filtre de spams Gmail par exemple. Concrètement, moins de 1% des spams envoyés vers Gmail atterrissent dans votre boîte de réception.
3. Afficher des publicités pertinentes : grâce à votre historique de recherches et votre position, les publicités sont mieux ciblées et plus utiles. Google place ses publicités dans Gmail, son moteur de recherche, YouTube, le Play Store Android, etc.

 

DES CRITIQUES ASSEZ VIRULENTES…

Si vous vous intéressez un minimum à votre vie privée, vous devez aller au-delà de ce beau discours. Parlons aussi des critiques qui lui sont faites.
Street View : après avoir été poursuivi en justice par 38 états, Google a admis que ses voitures aux caméras dirigées aux 4 points cardinaux ne prenaient pas seulement des photos, elles collectaient des données d’ordinateurs présents dans des maisons ou des bâtiments, incluant des mots de passe, des adresses e-mail et d’autres informations personnelles comme les dossiers médicaux, les préférences sexuelles, etc.

Gmail : en octobre 2014, un juge fédéral a refusé l’annulation d’un recours collectif en justice demandé par des utilisateurs de Gmail, qui ont contesté les pratiques d’analyse de contenu de tous les messages sur leur réseau et la revente de produits à des publicitaires.
En 2009, les avocats de Google disaient que leur technologie d’e-mail était utilisée pour scanner les spams, les virus d’ordinateurs et proposer des publicités à l’intérieur de l’expérience utilisateur Gmail. Mais, car il y a toujours un mais, un juge a soulevé le fait que Google n’a jamais dit à ses utilisateurs Gmail qu’il pouvait créer des profils personnels et cibler les publicités en conséquence, ni aux personnes non utilisatrices de Gmail, mais qui écrivaient à des adresses Gmail, qu’il collectait les données de leurs e-mails…

Google Safari : En 2012, le Wall Street Journal a révélé une autre affaire. Google outrepassait les paramètres de sécurité sur les appareils Apple utilisant le navigateur web Safari. Google détestait la fonctionnalité « ne pas me suivre » et a utilisé un code secret pour outrepasser la sécurité. Cela s’est soldé par une condamnation de 22.5 millions de dollars.

Android : une autre portée de données. Un journaliste du site ComputerWorld.com a déclaré : « Google connaît presque tous les mots de passe WiFi du monde », en ajoutant que ceci est le résultat de backdoors sur des millions de téléphones et appareils utilisant le système d’exploitation Android.

« C’est cool. Sauvegarder vos données et paramètres vous permet de gagner du temps quand vous changez d’appareil Android« , voilà l’argument avancé à Google pour justifier encore une fois la collecte de données.
La bonne nouvelle, c’est que c’est une option désactivable. La mauvaise, c’est que, comme toute société américaine, Google peut être forcé par le gouvernement US de vendre la mèche.

ComputerWorld précise que Google n’est pas le seul dans ce cas. Dropbox, Microsoft, Apple, Yahoo, Facebook et bien d’autres font à peu près la même chose : lire les données utilisateurs et donner l’accès au gouvernement.
Le cas de Google est légèrement différent, car c’est son cœur de métier d’analyser les données et de les revendre à des publicitaires.
Le site termine son article en disant que 2014 correspondait à un accroissement des profits pour Google et à une dégradation de la vie privée. On peut aussi ajouter la « discrimination sur les prix » : ce ciblage de publicités se concrétise parfois par la vente d’un même produit à des prix différents selon les internautes. En juin 2012, The Wall Street Journal a reporté qu’une compagnie de voyages faisait payer plus cher les nuits d’hôtel aux utilisateurs de Mac qu’aux utilisateurs Windows.

Autre cas contre la collecte de données, mais cette fois-ci, dans une école…
Google a été attaqué en justice pour avoir secrètement collecté et stocké des données dans une école au travers de ses Chromebooks et applications dans le cadre d’un programme éducatif.
Le plaignant, représenté par la Electronic Frontier Foundation, accuse Google de pratiques de travail fallacieuses et déloyales afin de surveiller l’activité en ligne des étudiants utilisant le navigateur Chrome… sans accord préalable.
La EFF a remarqué que Chrome active par défaut la synchronisation sur les Chromebooks que Google a vendus à l’école au travers de son programme d’éducation. Cela permet à Google de traquer, stocker sur ses serveurs et faire du data mining à des fins non publicitaires, enregistre chaque visite web des étudiants, chaque recherche, chaque résultat sur lequel ils ont cliqué, les vidéos regardées et leurs mots de passe enregistrés.

Tout ceci viole l’accord de vie privée que Google a signé, ainsi que 200 autres sociétés. Ce dernier stipule que ces sociétés ne doivent pas collecter, utiliser ou partager les informations personnelles des étudiants, sauf dans le cadre de l’éducation ou quand les parents ont donné leur permission.
Mais les actions de Google n’ont pas seulement violé cet accord, elles violent aussi les règles de la Federal Trade Commission contre les pratiques de business fallacieuses.

L’année précédente, Google avait été poursuivi en justice pour avoir scanné les contenus d’e-mails d’étudiants afin de mieux cibler ses publicités.

 

CIBLER LES CONSOMMATEURS POUR UNE RUINE FINANCIÈRE

Google a joué un rôle important dans le grand exemple de discrimination de prix et de nuisance aux consommateurs des dernières décennies, à savoir la crise des subprimes et la crise financière qui en a découlé. Google n’est habituellement pas identifié comme un acteur majeur dans la crise des subprimes et ses conséquences, mais une partie significative des profits de Google au milieu des années 2000 provenait de prêteurs immobiliers de subprimes faisant de la publicité sur son site.
Les sociétés incitaient les consommateurs avec des taux irréels, largement promus sur le web, qui endettaient les emprunteurs avec des conditions nuisibles et des obligations non tenables. Tout cela a explosé quelques années plus tard…

Ces offres avec des taux d’emprunt différents selon les caractéristiques de l’emprunteur constituent la discrimination de prix la plus dommageable dans l’histoire de l’Amérique, pour laquelle Google a joué un rôle majeur (et profitable) en tant qu’intermédiaire de publicités. Des milliards de dollars ont été engrangés par Google année après année.
Selon une société spécialisée dans les Google Ads, les 3 catégories de recherches de mots-clés les plus chères (au coût par clic) correspondent à des services financiers (assurance, prêts, emprunts).

DES PIQUE-ASSIETTES EXPLOITANT LES DONNÉES D’UTILISATEURS

De nombreux escrocs, vendeurs de drogues et des services d’escort pour mineurs utilisent les données utilisateurs fournies par des partenaires commerciaux comme Google pour trouver leurs victimes.
En 2012, Google a accepté de payer 500 millions de dollars au gouvernement fédéral pour avoir fait de la publicité sur des produits pharmaceutiques illégaux. Ceci était une activité passive de la part de Google, mais une complicité active avec les publicitaires qui affichaient souvent des prescriptions médicales erronées pour des personnes malades ou pour promouvoir des stéroïdes illégaux.

La NAHTVA (National Association of Human Trafficking Victim Advocates) ainsi que 37 autres organisations contre le trafic de personnes ont accusé Google de profiter du trafic sexuel de femmes, alors que la National Association of Attorneys General a noté le ciblage massif de publicités pour des produits illégaux en ligne, incluant le recrutement « d’enfants escort » et la sollicitation de drogues illégales pour les enfants.

Pour beaucoup d’américains, Google est au moins aussi dangereux que la surveillance de la NSA.

 

FACEBOOK

Facebook, créé il y a plus de 10 ans, a connu une croissance incroyable en termes d’utilisateurs et de revenus. Mais, la compagnie a rencontré des membres frustrés vis-à-vis du respect de la vie privée et des surprises indésirables logées dans ses conditions d’utilisation. Il existe un paradoxe évident avec Facebook ; il cherche à offrir un espace privé à ses utilisateurs pour discuter entre amis/connaissances tout en collectant un maximum de données pour son business (publicités principalement). Très souvent, l’argent est privilégié, au détriment des utilisateurs. On peut également mettre en évidence la volonté de partager du contenu avec le monde, tout en étant dans un système fermé !

Ci-dessous un tour d’horizon des choses étranges que Facebook a fait avec vos données. Certaines choses ont été effacées, mais d’autres sont toujours effectives :
1. Garder vos données pour toujours, même si décidez de partir
2. Dire à vos amis ce que vous achetez en ligne (remplacé par Facebook Connect pour effectuer des actions sur d’autres sites)
3. Traquer vos mouvements sur la toile. Facebook garde l’historique de vos visites web des 90 derniers jours, que vous soyez identifié au service ou pas. La société utilise les cookies pour enregistrer des données comme la date, l’heure, l’URL, votre adresse IP, à chaque fois que vous allez sur un site qui a un plug-in Facebook (ne serait-ce que le bouton « J’aime »). Merci les adblockers encore une fois !
4. Utiliser vos « J’aime » dans la pub. Facebook utilisait les noms et photos de membres dans du placement de produits qu’ils ont aimé, mais sans les dédommager bien sûr. C’est comme ça qu’un homme s’est retrouvé dans une pub pour lubrifiant…
5. Vous forcer à rendre vos données trouvables
Le réseau social a supprimé la possibilité aux utilisateurs de retirer leurs profils des résultats de recherche. De plus, au fil des années, Facebook a doucement augmenté le nombre de données utilisateur requises pour un affichage public. Actuellement, votre nom, votre photo de profil, votre photo de couverture, nos réseaux et votre sexe sont des informations publiques.
6. Utilisation d’un logiciel de reconnaissance faciale pour vous identifier sur des photos. Il a été introduit en 2010, retiré en 2012 puis réintroduit en 2013 aux USA. Facebook a travaillé avec le département du commerce américain pour rédiger un code de bonne conduite.
7. Donner vos données au gouvernement. Contrairement à Google et Twitter, Facebook refuse de faire preuve de transparence concernant les informations de ses utilisateurs transmises aux agencements gouvernementales, mais cela était avant les révélations d’Edward Snowden…

Mieux vaut payer pour un service fiable et respectant la vie privée

AU-DELÀ DES GAFAM

Quand les données informatiques sont sensibles et personnelles, leurs transmissions peuvent provoquer des dérapages, car ces données peuvent être utilisées à des fins différentes de celles prévues initialement.
Par exemple, les employeurs potentiels ont un certain attrait pour les informations médicales, financières et criminelles. Ils demandent et reçoivent régulièrement ce genre d’informations. Une étude du Congrès américain de 1978, par exemple, a noté que 20% des données d’archives sur la criminalité recensées par les états ont atterri entre les mains d’agences gouvernementales ou de sociétés privées non impliquées dans la justice criminelle. Des employeurs peuvent aussi obtenir des historiques sur les crédits, les dossiers médicaux, l’assurance et le passif des travailleurs. Des services d’investigations illégaux permettent également d’obtenir des relevés bancaires, des frais bancaires, des avis d’imposition, etc.

Les commerçants ont aussi un goût certain pour les informations personnelles. Ils utilisent des données collectives couplées à des techniques d’analyse statistique et des modèles psychologiques, pour prédire les comportements d’achat des gens. Ils combinent ensuite ces informations avec des données plus détaillées pour nous influer sur nos achats futurs (Bonjour Amazon :)). Ils connaissent bien entendu les noms, adresses, numéros de téléphone, e-mails, identifiants internet, mais aussi les habitudes de shopping, les revenus du foyer, le type de voiture, la situation familiale, les âges, les sexes, etc. pour cibler et adapter leurs publicités. Ces informations peuvent être achetées auprès d’agences de crédit, le bureau de poste et plein d’autres ressources. Les supermarchés et autres distributeurs gardent une trace des produits achetés par chaque client, que ce soit en ligne ou dans les magasins, et si le client paie avec une carte de crédit, ils font le lien avec le nom, l’adresse, l’âge, le sexe… du client.
Cependant, la source d’informations la plus fructueuse reste Google et les réseaux sociaux, notamment Facebook. Ces informations permettent de personnaliser les publicités selon des caractéristiques, des circonstances et les préférences de chaque individu, notamment quand les publicités sont en ligne. Avec le développement des applications mobiles, ils traquent en temps réel les (potentiels) clients, les publicités s’adaptent selon la position géographique.
Référence : stop à la multitude des applications mobiles

 

Il y a des avantages à ce genre de ciblage marketing. Il est possible d’obtenir des informations spécifiques à propos de produits pour ceux qui sont les plus susceptibles de les utiliser. Donc les consommateurs trouveront plus facilement des produits qu’ils sont plus tentés d’acquérir. De plus, les données peuvent aider les détaillants et fournisseurs de services à comprendre leurs marchés et développer des produits qui correspondent davantage aux attentes des clients. Les publicitaires peuvent avoir un meilleur retour sur investissement, car ils peuvent mieux identifier leur clientèle. De par le fait que les données personnelles et détaillées soient si intéressantes, et parce-que le fait de pouvoir toucher des personnes directement sur le web, les services comme ceux de Google et Facebook, qui fournissent à la fois les données et les services publicitaires sont très bien payés.
En effet, la publicité ciblée est de loin leur meilleure source de revenus pour leur business et c’est ce qu’il leur permet de proposer des services gratuits. En échange de l’utilisation gratuite de ces services, les utilisateurs acceptent le fait de transmettre des données personnelles, qui sont ensuite utilisées pour générer du revenu pour couvrir les frais de ces services.
Cet arrangement est théoriquement équitable tant que les utilisateurs ont bien conscience de cette collecte et utilisation de leurs données personnelles et qu’elles sont utilisées dans un cadre précis. En utilisant ces services, on accepte par défaut les conditions d’utilisation, qui sont très complexes pour le commun des mortels. De plus, ces conditions sont généralement présentées sous la forme « tout ou rien ». Soit les utilisateurs acceptent de donner 100% de leurs données personnelles, soit ils ne peuvent pas utiliser le site web.
À cela, on ajoute le fait que les sociétés changent fréquemment leurs politiques de confidentialité. Facebook et Google le font régulièrement d’ailleurs, c’est comme quand des données privées deviennent publiques…

Le problème c’est que trop de personnes utilisent des sites ou services sans connaître les conséquences. Par exemple, utiliser un moteur de recherche aujourd’hui est quasiment indispensable. Ces personnes ne savent pas que leurs recherches seront surveillées, stockées, agrégées, croisées avec d’autres informations, analysées ou encore utilisées à des fins inconnues.
La situation avec les réseaux sociaux est pire… Facebook est devenu tellement important que des personnes n’imaginent pas discuter et échanger sans cet outil. Ils n’ont aucun poids face aux exigences de Facebook donc ils sont forcés d’accepter les politiques de confidentialité.

Il est aussi intéressant de voir que de plus en plus de personnes tapent leur nom dans un moteur de recherche pour voir ce qu’il en ressort 🙂
Les adolescents et jeux adultes sont très affectés par les réseaux sociaux. Ils sont parfois soucieux de leur vie privée, mais restent naïfs face aux règles auxquelles ils ont souscrit. Leurs âges et leur manque d’expérience les rendent vulnérables. Ils sont à un âge où ils veulent découvrir, expérimenter et trouver leur identité. Ils ont besoin d’endroits pour expérimenter, explorer, et inévitablement, faire des erreurs. Il est essentiel qu’ils aient un endroit sécurisé et protégé pour le faire. C’est pourquoi le respect de la vie privée est primordial pour les futures générations. Leurs participations sur des réseaux sociaux et autres activités en ligne ne devraient pas servir pour collecter, utiliser et partager leurs données personnelles.

 

LA VALEUR DE VOS DONNÉES

L’accroissement d’utilisateurs est souvent cité lors de la valorisation des sociétés Tech. Mais à quel montant un utilisateur correspond ? Est-ce que tous les utilisateurs sont égaux ?

Avec quelques hypothèses, un journaliste de Forbes a publié ce tableau :

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Alphabet (principalement Google donc) est la première capitalisation boursière au monde. Eh oui, la société la mieux cotée au monde manipule des données personnelles !
Sur le web, les cookies permettent de stocker des données sur tout ce que vous faites. Ils existent d’autres méthodes, mais celle-ci est la plus simple et la plus parlante.

Définition Wikipedia: Le cookie est l’équivalent d’un petit fichier texte stocké sur le terminal de l’internaute. Existants depuis plus de 20 ans, ils permettent aux développeurs de sites internet de conserver des données utilisateur afin de faciliter leur navigation et de permettre certaines fonctionnalités. Les cookies ont toujours été plus ou moins controversés, car contenant des informations personnelles résiduelles pouvant potentiellement être exploitées par des tiers.

Prenons maintenant le cas de Malte Spitz, un politicien écologique allemand qui voulait savoir quelles données sont envoyées à son opérateur depuis son téléphone. Après seulement 6 mois d’étude, 36 000 lignes d’analyses de données sont ressorties et ont été enregistrées sur un CD.

Savoir que votre opérateur mobile collecte des données sur vous n’est probablement pas choquant, mais il peut être plus surprenant de se rendre compte de la quantité de données amassée en seulement 6 mois.
Regardez le petit système d’animation qui a été mis à disposition suite à cette étude : zeit.de

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« Dîtes à vos amis que la vie privée est un enjeu du 21e siècle et que ce n’est pas une chose obsolète », a déclaré Spitz.

 

Bien que ce soit difficile d’avoir une estimation précise de la valeur des données personnelles, elles restent très utiles pour diverses compagnies. Pensez à des services comme Facebook qui gagnent des centaines de dollars pour chaque utilisateur. Quand vous avez plus d’un milliard d’utilisateurs, les chiffres augmentent vite…

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Même si ces estimations varient selon l’outil de calcul, c’est clairement une situation déséquilibrée et ça ne peut pas continuer comme ça.
Déjà en 2011, le World Economic Forum avait identifié les données personnelles comme une nouvelle catégorie d’actif économique, et elles joueront un rôle sur tous les plans de la société.

En juin 2013, le Financial Times a aussi calculé la valeur de nos données personnelles. Cependant, c’est un mélange de données anonymisées donc leurs valeurs sont largement inférieures au calcul précédent.

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Pour estimer la valeur de ses données personnelles, Federico Zannier a lancé un project Kickstarter pour voir ce qu’il pourrait récolter. Cela comprenait 70 sites web, 500 captures d’écran, 500 images de webcam, un enregistrement des déplacements de sa souris, sa position GPS et une application de journalisation. Le tout pour 2$ par jour. La campagne qu’il a lancée visait 500$… et les chiffres sont montés à 2 700$ à la fin du projet.

Cela a donné des idées à la société Handshake. Proposer à des personnes de recevoir de l’argent en échange de leurs données personnelles et d’un peu de leur temps. Les personnes peuvent renseigner autant de données qu’elles le souhaitent. Il est possible d’anonymiser les données, mais elles toucheront moins d’argent.
La société offrait entre 1 600$ et 8 000$ par an selon la quantité et la qualité des données communiquées.

 

LES UTILISATEURS S’INTÉRESSENT À LEUR VIE PRIVÉE ?

Honnêtement, je pense que le nombre de personnes est trop faible, mais j’ai trouvé une étude qui permet de rester optimisme (PRISM est passé par là ! 🙂 Ah, mais on a la même chose en France c’est vrai…).

L’étude porte sur 37 000 Américains et Canadiens adultes :
• Plus de 70% sont sensibles à leurs numéros de cartes de crédit, d’assurance et de sécurité sociale
• Les personnes plus âgées sont davantage soucieuses de la collection de données en ligne, 47% pensent que c’est une préoccupation.
• 44% des consommateurs disent qu’ils n’ont pas terminé une transaction en ligne à cause des conditions de respect de la vie privée.
• Les jeunes personnes sont plus à même d’accepter la collecte de données en échange d’une remise.
• Un peu plus d’un tiers sont sensibles aux informations laissées sur les réseaux sociaux
• Seulement 40% sont vigilants quant au partage de leurs historiques de transaction

Une autre étude de 2013 portant sur 11 000 personnes a relevé que seulement 14 % font confiance aux sociétés du Web quant à l’utilisation de leurs données personnelles… et vous ?
Est-ce que les services faussement gratuits qui vous sont proposés méritent tout le reste ? Relisez les critiques ci-dessus quand vous utilisez les services Google 🙂 Si vous ne vous vous sentez pas concerné par tout ça, dîtes vous au moins que votre non action a aussi un impact sur vos proches, qui n’ont rien demandé et qui veulent se protéger.

Je ne pense pas que nous ayons la société que nous méritons, mais nous avons celle que nous permettons

 

Sources :
• SALON: 4 ways Google is destroying privacy and collecting your data
• MOZ : The Evil Side of Google? Exploring Google’s User Data Collection
• WIRED: Google Collected Data on Schoolchildren Without Permission
• HUFFINGTON POST: Why Google’s Spying on User Data Is Worse than the NSA’s
• TIME: 7 Controversial Ways Facebook Has Used Your Data
• SANTA CLARA UNIVERSITY: Unauthorized Transmission and Use of Personal Data
• LOGIN RADIUS: Privacy Concerns: 8 Best Practices in Online Data Collection
• CIRRUS INSIGHT: How Much Data Does Google Store?
• FORBES: How Much Is A User Worth?
• HOW STUFF WORKS: What is ‘big data’?

Génération mobiles

A propos Primokorn 49 Articles
Après l'informatique en général, je me suis intéressé aux OS mobiles il y a plusieurs années et plus particulièrement à Android. Beaucoup de lectures et de pratiques me donnent envie de partager toutes ces informations, avec un penchant pour la personnalisation, le logiciel libre, la sécurité et la vie privée. #libriste

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