Les smartphones ne sont pas aussi vertueux que les fabricants le prétendent

Que se cache-t-il dans votre smartphone ? C’est la question posée par le magazine d’enquête « Cash Investigation » diffusé mardi soir sur France 2. Les travailleurs qui fabriquent nos téléphones sont-ils respectés ? Où se trouvent les composants ? Éléments de réponse avec Martin Boudot qui a réalisé l’enquête.

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À l’origine de ce document sur les dessous de l’industrie du téléphone portable, deux constats, il y a plus de téléphones portables que de brosses à dents sur Terre (il s’en vend 1,8 milliard par an, 57 par seconde).

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Une entreprise comme Apple est parmi les plus cotées au monde, devant Coca-Cola, et Samsung, de son côté, pèse plus lourd que les PIB du Paraguay, de la Croatie et du Luxembourg réunis.

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Alors comment ces entreprises se sont-elles hissées parmi les plus puissantes du monde ?

« Le luxe de « Cash investigation », c’est que l’on peut commencer à enquêter et arrêter si on sent qu’il n’y a pas de sujet à faire. Dans notre cas, au bout de deux mois, on a vu qu’il y avait beaucoup de choses à dire. C’était il y a un an ».

Le prétexte du secret industriel

« Nous avons commencé par essayer d’identifier la chaîne de fabrication d’un téléphone, ce qui est beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense. Nous avons contacté les grandes marques de smartphones pour qu’elles nous transmettent une liste de leurs sous-traitants, même partielle. Avec ses propres recherches, l’équipe de journalistes est vite tombée sur tous les scandales liés à l’entreprise Foxconn, sous-traitants d’Apple, elles se sont rendues sur place, à Shenzhen, en Chine, voir où ça en était ».

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« Arrivées sur les rives chinoises, l’équipe s’est rendue à l’évidence, après les scandales, des audits avaient été menés et les usines s’étaient délocalisées à l’intérieur de la Chine, notamment à Nanchang, un endroit isolé où il n’y a rien, sinon des industries ».

Mais là encore l’opacité du PDG de l’entreprise n’a pas permis d’en savoir plus sur le travail des enfants, qui selon lui n’existe pas. Devant cet état de fait, en relation avec l’équipe de journaliste de France 2, un journaliste chinois a réussi à se faire embaucher dans une usine, où il a pu filmer avec une caméra cachée. Et là, plus de langues de bois, le constat est terrible. Près d’une centaine d’enfants travaillait dans le bâtiment, sur environ 500 ouvriers. Dont des mineurs de moins de 16 ans, les autres ont entre 17 et 19 ans.

« Que des enfants travaillent dans les usines chinoises, c’est un secret de polichinelle. Mais le savoir ne suffit pas, encore faut-il le démontrer. Et pas seulement avec une caméra cachée, car après, nous sommes allés à la sortie des usines filmer ces gamins de 13 ans nous raconter leurs conditions de travail. Les enfants embauchés par cette usine travaillent 13 heures par jour, parfois de nuit, avec un jour de congé toutes les deux semaines et deux jours férié par an. Il faut noter que le travail des enfants est en principe interdit en Chine, mais comme le montre le reportage, les lois chinoises sont largement violées ».

Après de longs mois d’enquête, l’équipe s’est procuré une liste de noms des marques, qui des liens commerciaux avec cette entreprise pour remonter jusqu’aux fabricants de portable. Parmi elles, trois grandes marques bien connues, en France, Wiko, Huawei et Alcatel One Touch. Toutes les entreprises concernées ont refusé de recevoir les journalistes, à l’exception de Wiko et de son côté, Alcatel est restée totalement silencieuse.

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Extrait du documentaire de « Cash investigation », interview du patron de Wiko par Élise Lucet. (France TV)

Si le PDG de Wiko a déclaré qu’il n’était au courant de rien, il s’est dit choqué et s’est engagé devant la caméra à ne plus travailler avec cette usine et à intensifier les contrôles surprises. Je doute que cela puisse avoir un quelconque effet, Wiko étant une filiale du Groupe chinois TINNO, qui fournit et fabrique les smartphones pour les distribuer en France sous la marque Wiko. Le Boss s’est Tinno, pas Wiko… à moins que ce dernier refuse de distribuer les téléphones du chinois.

« C’est rare qu’une entreprise ne réagisse absolument pas face à de telles révélations. Huawei a refusé nos sollicitations, nous nous sommes donc invités à une réunion pour poser des questions au directeur qui nous a par la suite demandé de retirer la séquence concernée. Mais nous n’avons pas cédé ».

« Pourtant, il nous a suffi de nous rendre devant l’usine pour constater que des enfants y travaillaient. Et on ne parle pas d’un petit sous-traitant, il s’agit de contrats de plusieurs centaines de milliers d’euros ».

Deuxième scandale : l’exploitation de mines en République du Congo.

« Dans un deuxième temps, nous avons cherché du côté des minerais qui font tourner nos téléphones et notamment le tantale, un matériau rare qui permet de sauvegarder nos données quand le téléphone s’éteint. 80 % des réserves mondiales de ce minerai sont en RDC. On s’y est donc rendu pour savoir comment il était extrait.
Notre constat a été effrayant : les puits sont creusés dans le sol, sans aucune mesure de sécurité, les éboulements causent la mort de cinq mineurs par mois en moyenne, qui sont ensevelis vivants ».

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« Une fois de plus, nous avons tenté de remonter jusqu’aux décideurs et le nom de Nokia est apparu. L’entreprise a également refusé de nous répondre alors nous avons visé plus haut, jusqu’à Bill Gates, patron de Microsoft, qui a acquis Nokia il y a quelque temps. Nous nous sommes dit qu’un philanthrope comme lui serait sans doute sensible aux conditions dans lesquels les téléphones étaient conçus. Eh bien pas vraiment ».

« En RDC, certaines mines sont également détenues par les rebelles, qui utilisent ces « minerais de sang » pour financer leurs armes. Ces minerais transitent ensuite par Hong-Kong, via une entreprise qui fournit des titres de sociétés-écrans à nos grandes entreprises ».

« Parmi ces noms de société, nous avons repéré l’une d’elles, collaboratrice d’Apple. Comme les autres, Apple a refusé de nous répondre, face caméra, et nous a envoyé un document nous enjoignant de ne pas citer nos échanges de mails dans notre reportage. Ils nient le scandale. Toujours est-il que le nom de la société suspectée de s’approvisionner en minerais de sang a ensuite disparu de la liste des sous-traitants d’Apple ».

La politique de la chaise vide est une erreur. Je trouve incroyable que les grandes marques ne répondent pas à ces sollicitations face caméra. D’autant plus qu’elles pourraient donner des éléments pour s’expliquer. Mais l’équipe de « Cash Investigations » s’est heurtée à un mur ! c’est bien dommage.

Troisième scandale : la « ville des cancers »

« Le troisième axe que nous avons choisi de développer, c’est un scandale sanitaire lié à une entreprise située en Chine, à la frontière de la Mongolie. Cette entreprise fournit la plupart des entreprises de téléphonie en aimants « néodyme », indispensables pour la fabrication de smartphones. Cette société est responsable d’une pollution de 11 kilomètres carrés, une superficie équivalente à celle d’une ville comme St-Tropez ».

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Le constat est là accablant,la pollution des nappes phréatiques entraîne des cancers chez les habitants, qui consomment l’eau. Là-bas, on l’appelle « la ville des cancers ».

Élise Lucet a précisé que lors de l’enquête en Chine, l’équipe a été prise en filature par les services secrets chinois. Pour eux, ces scandales sont des secrets d’État qu’il ne faut surtout pas mettre en lumière, car l’enjeu commercial est vital.

Derrière ces nouvelles révélations, toute l’industrie de la téléphonie est touchée, les noms de Sony, LG, Huawei, HTC, Nokia, Apple, etc.. À la fin de l’enquête, il apparaît que la quasi-totalité des marques de téléphonie est mise en cause à un moment ou à un autre.

Pourtant, dans ce monde opaque, il existe toutefois des initiatives à suivre. C’est celle du FairPhone qui redonne un peu d’espoir ! Il s’agit d’une entreprise qui a choisi d’adopter des méthodes plus propres, qui commence à prendre un peu d’ampleur, même si c’est encore marginal, c’est à saluer.

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Cette entreprise néerlandaise a choisi les mines d’où sont extraits les matériaux, et elle se déplace sur place pour constater les conditions de travail, tente de faire respecter le droit du travail.

Comme vous pouvez le voir dans ce reportage, le constat est accablant. Le smartphone est devenu un produit de grande consommation aujourd’hui, pour faire changer les choses il faudrait que les marques cesse de penser profits, en se procurant les matières premières au plus bas coût, pour vendre au final le produit au prix fort !

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Il faut bien se rendre à l’évidence elles gagnent sur tous les tableaux en exploitants les hommes à la source, pour ensuite vendre leurs smartphones à des prix exorbitants au client final. Par exemple Apple dégage sur l’iPhone à 700 € un bénéfice net de 350 €… Et Samsung, le leader mondial, sur le S4, plus de 300 €.
Il est donc possible de changer les choses sans pour autant faire augmenter les coûts de production de manière significative et sans augmenter le prix de vente des téléphones. Mais ça, c’est une autre histoire. . .

Je vous invite à revoir ou voir le reportage complet en suivant ce lien : « Cash Investigation : les secrets inavouables de nos téléphones portables »

Source France 2

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Que de temps passé à tester des mobiles ! Le plus ancien... Un antique GSM Nokia 2010 en 1994... Jusqu'au Lumia 950 XL actuel... en passant par plusieurs mobiles sous Android et même un iPhone

10 Commentaires

  1. Comme c’est dit, ce sont des secrets de polichinelle et malgré que tout les monde le sait (gouvernement, entreprise, associations…) peu de choses sont faites et c’est désolant.
    Malheureusement, Le fric et la rentabilité passe au dessus.
    Cependant, nous sommes aussi les premiers responsables car malgré que nous sachions comment nos smartphones sont construits nous continuons a en acheter

  2. Très bon article, avec à la base une très bonne émission reposant sur un SOUCI d’investigation remarquable. En revanche et même parcontre, je tiens simplement à souligner l’absence, totale et consternante d’un SOUCI d’une orthographe même de niveau élémentaire. Même si le rédacteur de l’article et au-delà, la rédaction tout entière, se moquent de ma réaction, je crois qu’il est bon de prêcher dans le désert du Geek, dont je suis, peut-être paradoxalement à vos yeux, un visiteur assidu.

  3. Bonjour et sincèrement merci pour votre réponse.
    Attention à « allégations » qui a le plus souvent une connotation négative…lol. Donc mes « remarques », certes un peu excessives dans leur forme (mais, vous l’avez compris, destinées à vous faire réagir…lol.), me semblent fondées et je vous en donne quelques exemples ci-dessous. Auparvant, je dois à la vérité de vous avouer que je venais de lire un article d’un de vos confrères sur le même sujet, beaucoup plus consternant encore dans la forme que le vôtre. J’étais donc très « remonté » et ma « colère » est tombée sur vous qui la méritiez moins.
    Exemples:
    – sous-traitants ici ne prend pas le »s »
    – « qui des relations »: un verbe SVP.
    -« se » dernier: en d’autres temps, à l’école primaire, nous aurions eu à copier au moins 200 fois, un « ce » à la place…lol.
    – « il a suffi »t »: cachez ce « t » que je ne saurais voir!…lol.
    – etc… J’arrête car je ne voudrais pas que vous m’interdisiez de vous lire…lol.
    Et comme je pense que ces erreurs ne sont pas toutes dues à une ignorance crasse des règles de base, je regrette que vous ne vous imposiez pas une simple mais attentive relecture de vos articles dont je ne serais pas vexé, alors, qu’ils me parvinssent plus tard…lol.
    Enfin, je tiens à vous dire que mon intervention était fondamentalement amicale et bienveillante.
    Christian.

  4. Toute critique est bonne à prendre du moment où elles sont fondées, il s’agit de coquilles… de rédaction 😉

    Nous sommes un blog amateur, tenu par des passionnés, je ne vois aucune raison, pour vous interdire de venir lire les articles 🙂

    pour sous-traitants, je ne suis pas d’accord avec vous 😉

  5. Bonjour,
    Rassurez-vous, vous allez lire mon dernier message.

    1/ je suis désolé. Comment peut-on écrire:  » toute critique ….. elles sont fondées…  » ???

    2/ vous ne pouvez pas ne pas être d’accord avec moi sur « sous-traitants »: l’entreprise Foxconn c’est un SINGULIER, il n’y a aucune raison de mettre sous-traitant au PLURIEL !

    Je précise que, comme je suis un gentil garçon, je ne vous ai même pas envoyé la moitié des erreurs INCONTESTABLES que j’ai relevées dans votre prose.

    Enfin, le ton de votre réponse et l’absence dans celle-ci de toute formule de politesse font que nous allons en rester là.

  6. Merci à l’auteur, qui malgré ces quelques « coquilles », nous a synthétisé ce reportage, avec son propre regard (« Un autre regard sur les Smartphones« 

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